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Biram Dah Abeid : quel avenir ? (Partie 1)

Il n’est pas facile de parler de la Mauritanie, de ses hommes ou femmes politiques sans avoir une pensée noyée dans beaucoup de choses. Ici, il s’agira comme le titre l’indique de parler d’un acteur de la lutte pacifique pour un renouveau en politique : Biram. Il n’est pas l’un des « chantres » de la lutte politique mais celui dont la constance n’a pas d’égale malgré quelques faux pas de politiciens. De ce fait, il sera impossible de limiter la personne du sieur Biram Dah Abeid entre les cris du bas peuple et les ordres d’en haut. Une image de militant des droits humains doublée de politique s’offre à nous.

L’homme politique ou le leader

L’homme [ou la femme] politique en acte, disait Gramsci, est un créateur [créatrice]. Il intervient dans le moment le plus important de la vie sociale qu’est la politique, en proposant pour les destinées ou en agissant directement ou indirectement dans un parti politique ou dans la sphère publique ; parfois à l’image de l’intellectuel. Il ou elle (l’homme ou la femme politique) est plus utile en étant un.e intellectuel.le de taille. Posons-nous la question : qu’est-ce que la politique ? Beaucoup répondront, aussi savamment soit-il, que c’est la « gestion des affaires de la cité ». Il s’avère que c’est beaucoup plus complexe que cela comme définition. En Mauritanie, les réflexes d’antan se « mixent » à l’ossature politico-sociale. Nous avons un brassage inouï entre le capitalisme fleurant et un héritage culturel « complexe ».

Plusieurs communautés cohabitent, des coalitions naissent. Dans cette atmosphère de démocratie en état d’ébauche, il y a une communauté, la harratine ou soudane, complètement lésée par l’histoire, le vécu quotidien et oubliée comme tant d’autres des politiques publiques qui suivent l’ordre hégémonique. Si l’on vivait encore dans les dernières décennies, on aurait dit que nous sommes dans une « parfaite dictature », mais de nos jours, par « courtoisie » il faudra dire que nous sommes dans une oligarchie militaire et affairiste. Dans cette conjoncture, il est tout à fait normal et crucial qu’un leader pensant émerge dans la communauté la plus démunie pour l’ensemble mauritanien.

Ainsi, le militant des droits humains, Birame Dah Abeid, concrétise son exploit à travers les batailles politiques rudes : l’hégémonie culturelle en est le gouvernail. Du mouvement IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste) à l’alliance RAG-Sawab, l’aile politique, on ne peut pas dire que le leader a manqué de tact pour se présenter aux élections présidentielles consécutives. En homme politique, Biram a su participer aux différentes élections précédentes. Par les urnes, nous savons que ses résultats sont on ne peut plus mieux que les autres bien que le verdict est demeuré incertain, à l’annonce du gagnant, en sa faveur.

On comprend là que le politique cherche à accéder au pouvoir pour concrétiser son projet de société normalement élaboré dans son parti politique encore en quête d’un récépissé.

Néanmoins, le politique a l’obligation de rendre compte à ses partisans, ses militants et ses pairs. Il doit s’entourer de bons conseillers à qui il doit tendre une oreille attentive. Car dans l’exercice de ses activités politiques, il est un personnage public. Il ne faut donc pas reproduire ce que l’on dénonce car, la crédibilité risque d’être écorchée.

Le parti politique et l’idéologie ou la personne du leader

L’activité politique repose sur la matérialisation d’une idéologie au sein d’un parti politique. D’ailleurs, les membres d’un groupe politique se retrouvent autour d’une Vision laquelle doit être l’expression commune des volontés de ses membres ; surtout dans une Mauritanie en quête de démocratie, justice sociale et praxis intergénérationnelle voire transformatrice.

Une Mauritanie en quête d’équité, aussi. De là, on en dégage un programme politique pour les destinées.

Bien vrai que la question de l’esclavage – encore non résolue en dépit d’un arsenal juridique largement salué – était la problématique essentielle pour les militants abolitionnistes, d’autres facteurs de discriminations et d’exclusions ont été pris en compte.

On ne peut notamment pas gouverner en ayant pour projet politique simplement l’éradication d’un fléau. Cela doit être un élément parmi tant d’autres.
Toutefois, pour comprendre un ou une politique, on s’attaque à son discours et à son parcours.

Le discours de Biram aussi tonitruant ou équilibré, soit-il a, pour le citoyen mauritanien, toujours été un discours de vérité.L’agenda personnel ne doit aucunement modifier cela.

La récente querelle entre le leader de « l’opposition » (puisqu’il y a plusieurs oppositions : celle contre le système politique et celle dans ce dernier) et ses partisans annonce le baptême de feu du leader admiré par une grande frange de la population.

Lui-même a qualifié cela de « non-évènement » selon la tribune de RFI sur « La crise au sein l’aile politique du mouvement abolitionniste ».

Cette sortie a choqué plus d’un. L’ouverture politique face à un système politique, dont on croyait, à l’image de Biram Dah Abeid, qu’il fallait nettoyer les écuries d’Augias trouve également une « légitimité » selon le discours du président des réseaux IRA-Mauritanie et du député.

Après une décennie de combats acharnés, il appelle et répond au dialogue -contrairement à la ruse de certains membres de l’UPR à la fin des élections passées-, mais on se demande : que pourrait-on faire avec un dialogue qui ne répond pas à l’appel pour une « révolution idéologique » ?

En outre, le parcours politique est aussi un élément central pour garder une base sociale et hégémonique ; bref son électorat. De Biram qui écoute, toujours, tout le monde : du paysan à l’officier dans l’armée en attente d’une alternative politique par un civil au député à qui – l’on tient une bouteille pour boire-, on ne peut se voiler la face pour éluder les enjeux énormes et défis. L’opinion publique attend un sursaut et une introspection.

Une feuille de route pour la gestion collective des décisions s’impose. Les champs de la trésorerie, la communication et les votes du bureau au sein du parti ou mouvement doivent être clairs…

Souleymane SIDIBÉ

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