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Houlèye Ba, une pionnière?

Des compatriotes auraient mégoté sur les résultats de notre représentante aux JO de Tokyo ? Si c’est le cas, c’est une relativisation des impératifs présidant à la fabrique des champions. Qu’étions-nous en droit d’attendre de Houlèye Ba ? Qu’elle claque un 10 secondes 78 aux séries? Comme l’Ivoirienne Marie-Josée Talou ? (qui finira à la plus mauvaise place de la finale de samedi : la quatrième).

Pour rappel, 10 s 78, c’est le record d’Afrique détenu jusqu’il y a peu par Murielle Ahouré, une autre Ivoirienne. Qu’escomptaient les incrédules? Que Houleye Ba coure au tempo des machines à courir que sont les jamaïcaines Elaine Thompson (médaille d’or du 100m en 10s61), Shelly-Ann Frazier Pryce, 2ème en 10s74 ou Shericka Jackson, 3ème en 10s76 ? Non, la Mauritanienne, avec son record à 13s, et son chrono aux séries de 15s26, en est loin. Et c’est aussi logique que son élimination aux séries. On notera qu’une autre athlète a subi le même sort. A 14s30. Elle s’appelle Amed Elna et est comorienne. Mêmes effets dus aux mêmes causes? Lesquelles? Nul besoin de les développer tant elles sont évidentes.

L’athlétisme a pour point commun avec la médecine et donc avec l’hôpital de requérir une formation solide et continue, des compétences et des équipements adéquats. Si ces conditions ne sont pas réunies, il est rare que la performance soit au rendez-vous même si on peut néanmoins passer entre les gouttes Est-il établi que Madame Houleye Ba ait bénéficié de la conjugaison de ces facteurs au même titre que les forçats des pistes? Poser la question, c’est y répondre. Dans ce contexte, pour elle, les minimas olympiques requis sont à relativiser. Elle va aux jeux un peu à l’aveugle. Surtout au regard des conditions drastiques de sélection des fédérations réputées avec leurs courses couperets, leur période qualificative…etc.

Et surtout les pressions dont on a pu mesurer les effets avec les «affaires» Simone Biles, Naomi Osaka…pour ne citer que les plus médiatisées. A chaque univers, ses règles. A un admirateur-non exempt de stéréotypes- qui lui servait du «vous avez le basketball dans le sang», Earvin « Magic» Jackson, ancienne gloire des Lakers de Los Angeles, et légende du basket américain, rétorqua, paraît-il: tout à fait et pour m’assurer de le garder dans le sang, je passe six heures par jour sur les parquets. Combien d’heures Houlèye Ba passe-t-elle quant à elle sur les pistes sachant qu’elle est avant tout institutrice et donc pas une sportive professionnelle à temps complet? Est-elle sous contrat à milliers de dollars avec tel ou tel équipementier connu? Peu vraisemblable. Est-elle épaulée par un coach professionnel, un staff technique et médical digne de ce nom? Participe-t-elle régulièrement à des retraites sportives, à des meetings internationaux, des Golden leagues? A-t-elle l’occasion de se mesurer régulièrement à des compatriotes à l’occasion de championnats nationaux ? Quelle place occupe l’athlétisme dans son environnement quotidien tant professionnel que national?

Les réponses à toutes ces questions, factices je le concède, ne font pas de doute. Pour cette raison et d’autres, il serait plus juste de restituer à la PARTICIPATION de l’athlète aux JO sa dimension symbolique qui est, et de loin, la plus importante. Au même titre qu’il existe en politique des candidatures dites de témoignage aux élections. Celles-ci sont d’autant plus admirables qu’elles ne visent pas la victoire. Le moment électoral est juste leur qairos, cette opportunité de porter un message. Aux USA, Jesse Jackson en fut un « spécialiste». Qui sait s’il n’a, dans une certaine mesure déblayé le terrain à l’élection de Barack Obama? Pour sa part, Houlèye Ba a représenté son pays à la mesure de celui-ci dans le domaine sportif et à sa hauteur personnelle. « Représenter» suivant un des sens que le Larousse donne à ce terme: « être le symbole, l’incarnation, le type de quelque chose ». Les performances de notre athlète sont probablement au diapason de la place que l’athlétisme et, le sport plus généralement, occupent au sein de notre société, de notre système éducatif, pépinière potentielle, et des moyens qui lui sont alloués. Là est le vrai débat. On ne peut en faire l’économie.

Au-delà de ces considérations, il est possible, plus encore parce qu’elle est une femme, que Houlèye Ba soit un jour perçue rétrospectivement comme une pionnière. Myriam Soumaré avait ouvert la voie. Mais il n’aura échappé à personne qu’elle est autant française que mauritanienne, qu’elle vit, s’entraîne en France et court sous les couleurs de ce pays. Les deux situations sont en cela dissemblables malgré les mérites intrinsèques de l’une et de l’autre. Pour Houlèye Ba, une fois oubliés le chrono, pas ridicule au demeurant, l’absence de qualification, on retiendra qu’elle a fait ce qu’elle a pu. Et plus important encore, qu’elle aura ouvert la voie ou plutôt les pistes.

Tijane Bal

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