L'Édito

Edito de RMI: La fin d’un ordre politique

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Les échéances électorales en Mauritanie s’approchent à grands pas. On connaît à peu près les candidats et les circonscriptions convoitées. Nous savons également que deux grands partis, en l’occurrence le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR), et Tawassoul, sont les principaux rivaux des élections à venir. Le premier tire sa force du fait qu’il est le parti du chef de l’Etat, de certains grands officiers de l’armée, des banquiers et autres hommes d’affaires liés aux sphères décisionnelles.

Les islamistes : grands calculateurs ou démagogues déguisés en démocrates

Quant aux islamistes, ils doivent leur présence à leur pragmatisme et leur politique du concret. Nonobstant les réserves que d’aucuns affichent à leur endroit, il n’en demeure pas moins que cette formation politique a su en un court laps de temps s’imposer sur l’échiquier politique. Les islamistes mauritaniens se sont forgés une ligne politique à laquelle les milieux populaires sont réceptifs. C’est la conséquence de leur stratégie de proximité sociale auprès des couches vulnérables. Et lorsque l’Etat pratiquait l’oppression sur les masses, ils ont ouvert leurs portes aux damnés. Ils ont adopté les Harratines et les négro-Mauritaniens alors que le gouvernement leur portait une haine viscérale. En effet, à chaque sortie du porte-parole du gouvernement, les leaders de ces deux composantes sont voués aux gémonies. Diabolisés jusqu’au déni de leur humanité.  D’où, d’ailleurs, la forte présence de ces derniers sur leurs listes électorales. Opportunisme politique ou calculs démagogiques, Tawassoul a fait preuve de maturité. Au moment où les partis traditionnels reproduisent les structures politiques traditionnelles, discriminatoires et obsolètes, les islamistes affichent une ouverture sans précédent. Ils soutiennent des candidatures de Harratines, notamment dans des circonscriptions à forte concentration électorale maure. Ce soutien est un fort message symbolique. Espérons que la marche islamiste vers la rupture arrivera à bon port sans subir le poids des calculs démagogiques.

Les jeunes dans l’arène politique : la rupture à l’épreuve

Les prochaines élections seront marquées par la présence des jeunes qui en appellent incessamment à la rupture. Convoitant pour la plupart les mairies, les jeunes s’engagent pour changer le quotidien de leurs concitoyens. Ils veulent faire de la politique par l’action. Interrogés, globalement, ils ambitionnent d’être les artisans du changement. Ils avancent le principe de faire la politique plutôt que de la subir. Et ce, bien que la politique obéisse à des exigences et des réalités qu’un profane n’appréhende pas forcément. Mais une chose est claire pour tout le monde : il faut sortir de la tyrannie législative.  Conscients qu’être libre, c’est vivre selon sa volonté et non celle d’un autre, la majorité rompt avec la contestation virtuelle sur les sociaux pour se frotter à la réalité du terrain.

Car jusqu’à tout dernièrement, le parti d’état imposait aux populations des maires et des élus qui pour la plupart ignorent tout de leurs mandataires. La nouvelle configuration de l’échiquier politique va sans aucun doute apporter de nouveaux enjeux. Proportionnellement, au lendemain de la proclamation des résultats, si les citoyens votent pour les jeunes, la Mauritanie se retrouvera dès octobre avec une nouvelle classe dynamique, jeune et égalitaire. Pour cela, il faudra nous faire l’économie du populisme et s’attarder sur du concret.

Au regard de la moyenne d’âge des candidats de 25 à 40 ans, on comprend le ras-le-bol de toute une génération qui n’a pas connu plus de trois présidents en deux décennies. Et en parlant des élus locaux, depuis des années, ce sont toujours les mêmes, avec zéro bilan à défendre devant le commun des mortels. La jeunesse mauritanienne n’a que trop subi la politique politicienne. Une politique détournée de sa source. Pendant un demi-siècle, les jeunes ont été les spectateurs d’une politique stérile de co-optage, de copinage, tribaliste et ethniciste. Hélas, nous avons encore des survivances de ces pratiques anti-démocratiques. La preuve manifeste s’est montrée lors des implantations du parti d’Etat, dans le choix des candidats pour les listes municipales et législatives ainsi que des conseillers régionaux. L’esprit de clientélisme et de tribalisme a supplanté les règles des jeux démocratiques les plus basiques.

Ces jeunes leaders politiques ont donc le plein droit de combattre l’affaissement et l’aliénation politique. Leur participation aura le mérite de nous sortir de cet esprit tordu largement partagé selon lequel, pour participer au pouvoir, il faut vénérer les caciques, s’aligner aveuglement, entrer dans le grand jeu du mensonge collectif. En définitive, pour le prochain scrutin, nous observons deux possibilités : une dislocation de la classe politique ou la naissance de champs nouveaux. En tout état de fait, nous assistons à la fin d’un ordre politique qui est à son ultime terme.

La rédaction

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