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Mauritanie : Droit de réponse. Monsieur le député Yéro Sidy Ba, mesurez-vous la dangerosité de vos propos ?

En tant que Mauritanien, je me dois d’apporter mon point de vue en guise de droit de réponse sur l’actualité récente relative aux propos de ce député mauritanien. Certains de nos députés et élites politiques cherchent toujours à mettre le pays en danger à la moindre occasion. En tout cas, en voulant toujours faire le tour complet sur la politique générale du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, nous constatons que certains députés tiennent des doubles discours et la langue de bois.
En visionnant la vidéo de Monsieur le député Yéro Sidy Ba sur la toile, j’étais sans voix, sidéré, stupéfait, abasourdi par pareille déclaration. Celle-ci a fait le tour des articles de presse et des médias et suscite une vague de colère et d’indignations, l’écœurement et le sarcasme dans les partis politiques, dans l’opposition et dans l’opinion populaire mauritanienne. Le député se présente manifestement comme le griot du Président, dans une plus large mesure du pouvoir exécutif. Certains esprits faibles et d’autres pour des raisons purement politiques peuvent adhérer à ses propos simplistes, dangereux et maladroits.
Monsieur le député a fait un mea-culpa lors de sa déclaration en séance plénière de l’Assemblée nationale consacrée aux programmations d’intervention d’urgence du gouvernement pour faire face aux nombreuses conséquences du déficit pluviométrique que la Mauritanie n’a jamais connu. On y voit des sourires et des regards perdus du président de l’Assemblée nationale et les parlementaires qui surgissent dans l’obscurité et dans le néant des propos vides et des dérapages institutionnels. De ce que nous voyons ou entendons dire ailleurs sur les réseaux sociaux, la vie politique n’en donne pas moins le sentiment de vaudeville, d’impuissance et de prétention tournant au ridicule qui se dégage dans l’Assemblée nationale mauritanienne, en voyant notamment le député qui s’exprime ainsi : « Mohamed Ould Abel Aziz mérite d’être roi ». Le député n’a pas hésité à jeter un pavé dans la mare. Monsieur le député, la Mauritanie n’est pas un pays de monarchie qui intronise le Président. Nous ne croyons pas que le pays souffrirait d’avoir choisi la république plutôt que la monarchie dans la mesure où la vie des citoyens mauritaniens est en marche, tournant plus ou moins bien, mais elle avance dans des conditions de vie parfois difficile et le gouvernement existe.
Le député a tenu d’autres types de propos maladroits, en disant : « Ce que le premier ministre a amené, on ne doit même pas regarder (…)». Dans quel pays au monde se félicite-t-on de la démocratie participative ? Vous avez martelé plus d’une fois qu’il faut la démocratie et la paix, qui seuls constituent les facteurs de développement durable, en ignorant les faits existentiels sur le chômage de masse, les inégalités entre les citoyens qui résonnent avec les politiques partisanes, ségrégationnistes et communautaires…
Monsieur le député, vous ignorer l’existence du racisme institutionnel en Mauritanie ?
Les pratiques courantes d’esclavages, leurs séquelles et les discriminations institutionnelles associées aux pratiques d’injustice gangrènent le pays. Monsieur le député, comprenez-vous que vous avez le droit de vous exprimer sur le thématique des Droits de l’Homme qui est catastrophique en Mauritanie ? De même, l’esclavage moderne et du racisme secondaire dans les administrations sont quotidiennes et leurs fléaux touchent la majorité des Mauritaniens. Là n’est pas votre préoccupation. De plus, dénoncer avec force cette barbarie va dans l’intérêt général des citoyens mauritaniens. Monsieur le député, vous niez l’existence de racisme en Mauritanie. Vous avez décidé de jeter la voile sur l’esclavage, interdite par la loi, mais qui jusque là demeure formelle. Monsieur le député, permettez-moi de vous dire que votre déclaration prouve à suffisance la méconnaissance de la situation de la Mauritanie dans son ensemble et même qu’elle accentue la souffrance et la méfiance de nos concitoyens envers les élites politiques mauritaniennes. Monsieur le député, vous le savez plus que moi : les Mauritaniens sont assoiffés de démocratie, de l’égalité des droits et de la justice sociale, tout simplement. Mais vous avez choisi de rester sur le déni. Force est de constater que les politiques de favoritismes et de clientélismes demeurent de manière croissante dans les institutions nationales, que les différentes formations et concours pour l’accès aux postes de hautes responsabilités sont déguisés, inégalitaires et discriminants. Là n’est pas votre préoccupation. Monsieur le député, si vous n’êtes pas sensible à ces problématiques qui concernent la majorité des Mauritaniens, vous détournez les premières missions que le peuple électeur vous a confiées.
Il est nécessaire ici de rappeler les rôles primaires du parlementaire : voter les lois et contrôler l’action du gouvernement, participer aux débats des commissions sur les textes constitutionnels, interpeller le ministre, a posteriori le gouvernement sur les questions d’actualité. Il doit jouer le rôle d’assistant social, proche de la population pour faire remonter les difficultés quotidiennes. Il est un porte-parole actif de sa circonscription, soucieux de réclamer au gouvernement la mise en place de politiques efficaces en matière d’emplois des jeunes, (mais pas que…). Est-ce que le rôle du député est de décider le sort du Président de la République ? Votre expérience en tant que député proche de la circonscription vous oblige-t-elle à réagir ainsi ? Votre vocation est d’intervenir pour savoir si la Mauritanie demeure un Etat République ou une monarchie. Monsieur le député, la majorité des Mauritaniens vous demandent de limiter à vos paroles et de soutenir les projets du gouvernement, mais guère d’avoir l’art d’une communication à outrance et de ne plus mettre en scène des postures dans d’une perspective de conquête des postes ministériels. Vous ne devriez pas avoir pour ambition de jouer des comédies grotesques à l’Assemblée nationale qui devient ainsi un monstrueux boulet pour le pays.
Monsieur le député, vous persistez à dire que la Mauritanie est en chantier ?
Le député déclare sans hésitation que « toute la Mauritanie est en chantier (…) ». Monsieur Ba, vous ne vous rendez pas compte que votre pouvoir exécutif confisque toute idée de chantier (pour reprendre votre expression) sur le plan national. Il prend en otage toute expression et toute idée de projet d’innovation et de développement économique du pays. Toutefois, il est plus facile de prôner le chantier que de préciser ce qu’il est. Comment peut-on défendre cette position dans un pays où beaucoup de chantier sont inachevés et les projets de développement dans les espaces ruraux en zone pluviales, de protections de l’environnement ; et de reboisements villageois sont quasiment inexistants. Comment dites-vous que la Mauritanie est en chantier, alors que beaucoup de projets d’investissements ou de rénovations des d’infrastructures et des écoles privées sont fermés et transformer en boutique. Aucun chantier et projet de développement économique, investissement public n’a été opéré. De même, aucun chantier qui aille dans le domaine de la santé, de l’éducation de qualité. Dans tous ces domaines, les solutions restent à trouver.
Monsieur le député, qu’entend-vous par chantier, étant donné que beaucoup d’écoles, d’hôpitaux et de centres de formations sont fermés ? Force en effet, est de constater que votre tentative d’intervention sur la politique générale du gouvernement (en particulier l’action du Président) contribue à légitimer à long terme la mauvaise gouvernance en Mauritanie. Monsieur le député, loin de donner à la Mauritanie le temps de s’ennuyer si l’on peut s’exprimer ainsi, on doit s’attacher à la promotion de l’égalité des droits entre les citoyens afin de lutter contre les discriminations de haut niveau. Pour cela, des mesures institutionnelles doivent s’imposer pour corriger toutes les carences relatives à l’esclavage qui conditionne le sous-développement humain. En plus, mettre en place les vraies politiques d’égalités et de développement économique.
Enfin, les interventions des députés dans l’hémicycle doivent apporter davantage de valeur ajoutée afin de réduire les défis politiques, économiques et sociaux majeurs en Mauritanie. On sait que les pratiques d’esclavages et de racismes institutionnelles demeurent de manière grandissante en Mauritanie et qu’elles ne font pas partie des questions périphériques du gouvernement. Mais rester sur la dénégation amplifie ces phénomènes néfastes considérés par les standards juridiques et les organisations internationales comme crime contre l’Humanité. Alors, il est temps que les députés qui tiennent des discours ambigus comprennent et ouvrent leurs yeux et leurs oreilles pour dénoncer les pratiques néfastes qui demeurent à grand pas dans les institutions mauritaniennes.

Abdoulaye SY
Université Lyon II

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