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LES TOMBES ORPHELINES

Je veux parler de ces 28 militaires mauritaniens noirs, pendus et fusillés par leurs frères d’armes, arbo-berbères offerts comme sacrifice au régime sanguinaire, raciste et chauvin de Ould Taya, en guise de commémoration de la fête de l’indépendance du pays. C’était dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990. Arrêtés manu-militari, sans raison autres que leur couleur de peau, ils furent humiliés, torturés et ils subirent les pires atrocités qu’un humain pouvait subir de la part d’un de ses semblables.  A coup sûr, les violences gratuites qu’ils subirent de la part de leurs frères d’armes et tombeurs, étaient d’un niveau de lâcheté inimaginable, différemment concevables. Comment imaginer qu’une personne puisse donner la mort en écartelant, scindant ainsi un corps doté d’une âme, que l’on a de surcroît connu, avec qui on a certainement partagé des moments de joie et des peines aussi, certainement ? Les auteurs de tels actes, aveuglés par on ne sait quelle puissance, exécutaient là, à coup sûr un plan d’épuration bien distillé, orchestré, pensé depuis nombre d’année. Ces faits sont le fruit d’une pire trahison, un dessein honteux, qui salit et casse l’image forte d’un attachement à cette Terre du Tekrour jadis possédés par les empires noirs, chéri et servi par les militaires noirs ; que le Gouvernement raciste mauritanien, -il le devient de plus en plus d’ailleurs, tant il excelle dans la discrimination, l’accaparement des richesses et l’arrogance.

Isolés et éloignés des leurs, loin de leurs familles, loin de leurs terres, abandonnées à leurs bourreaux criminels assoiffés de sang, les fils du sud, les fils de la vallée, verront leurs âmes arrachées innocemment. Ils subirent l’injustice la plus insupportable. Ils ont été tués pour la seule raison d’être noirs et la seule volonté de leurs bourreaux de s’arroger le droit de tuer, de suppléer, de gommer…

Ce funeste, funèbre et macabre projet ourdi par des nationalistes en mal d’identité, de causes nobles et d’ambition humaine traduit une faiblesse et une bassesse aux abysses de la barbarie. Une négation de l’harmonie de la différence (beauté de la diversité), un hymne à l’animosité et le rejet d’un multiculturalisme ancien et ancré. Oui la Mauritanie demeurera métisse        mais elle verra une frange d’elle isolée, anéantie, escamoté par cette volonté du système beydane de s’arroger toutes les légitimités.

Dans le passage à l’acte, à l’assouvissement de la sale besogne, le nationaliste, dans sa folie meurtrière, animé par la haine et l’animosité à l’endroit de son frère, celui sans lequel la Mauritanie n’aurait jamais eu la moindre aura, a ainsi souillé la terre  du désert en y versant le sang de ses dignes fils dont le seul tort est d’être noir. Cette terre est ainsi devenue le symbole de la honte et de la lâcheté. Ils ont bafoué, saccagé et démolit de la plus vilaine manière, l’unité nationale du pays, en faisant de la date de l’indépendance, un jour de tristesse, de deuil, de révolte et de haine.

Comment voulons-nous parler d’unité nationale alors que des centaines de veuves pleurent leurs maris arrachés violemment à leur affection, que des orphelins cherchent à comprendre, à savoir, à vivre et s’épanouir dans le pays qui leur a privé de l’affection et de la protection paternelle. Comment imaginer qu’à ce jour, aucun geste de demande de pardon, aucune démarche honnête de réconciliation n’ait été initiée par le Gouvernement qui continue à protéger des bourreaux et a toujours humilié davantage, en marginalisant et occultant les victimes et le problème du passif humanitaire, occultant la nécessité d’une réelle réconciliation qui ne passe que par une volonté et des actes forts de démocratisation, d’une démarche réelle d’instaurer l’égalité, de cesser la ségrégation et de reconnaissance à l’égard des fils du pays quels que soit leurs origines ou couleurs de peau.

Aujourd’hui, plus que jamais, il urge d’œuvrer pour la réconciliation franche de la Nation en rendant public les lieux où reposent les corps des victimes, en rendant justice et en posant des actes forts d’une ère nouvelle qui permettra une cohabitation juste au sein d’une Nation qui offre les mêmes droits à tous ses fils et plus que jamais tournée vers l’avenir.

Dia Abdoulaye    

Doctorant en socio-anthropologie

Email : dia.abdoulayeoumar@gmail.com

 

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  1. Un article qui touche nos coeurs par les faits évoqués de maniére attristante. la description du malheur des veuves et de leurs orphelins atteint nos sensibilités. Une belle procedée pour toucher le cœur des gens en vu de faire connaitre les horreurs qui ce sont produits dans les camps d’inal, de zreida, ect..
    La vérité doit etre connue, et les coupables doivent etre punis.

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