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Vous êtes opprimés, levez-vous !

Voici le récit de la résistance d’un certain Frédérick Douglass (1817-1895), écrivain, éditeur et orateur abolitionniste qui doit inspirer plus d’un Noir en Mauritanie.

Son récit se déroule dans l’Amérique esclavagiste. Une facette similaire avec celle de notre pays, où des hommes traînent encore de véritables chaînes mentales et physiques. Sur une chaîne de télévision internationale arabe, un ancien esclave mauritanien faisait le récit poignant, dans un reportage de Rabbi Ould Idoumou, des sévices horribles qu’il subissait de ses maîtres. De nombreuses personnalités haratines ont ainsi évoqué leurs trajectoires individuelles, faites de traitements inhumains et dégradants.

Covey, maître “dresseur” d’esclaves, comme bien d’autres officiers mauritaniens, coupables d’exactions extrajudiciaires dans les années 90, aujourd’hui promus aux plus hauts rangs, aimait « casser du Négre ». « Mort au Kowri » disaient-ils dans les casernes mauritaniennes, dans la vallée et dans les artères de Nouakchott.

Aux USA ou en Mauritanie, le mobile est le même. Les propriétaires d’esclaves, racontait-on, adressaient à Covey le sanguinaire, leurs «Noirs arrogants et fiers ». Pour les blancs américains, c’était pour un dressage. En Mauritanie, il s’agit d’une planification étatique dont les ramifications se poursuivent de nos jours : épurer progressivement l’élite des Noirs au sein de l’armée, dans l’administration et les sphères décisionnelles névralgiques. Les toutes dernieres permutations au niveau des états majors des forces armées nationales en sont la parfaite illustration. Le message envoyé à l’opinion publique est sans équivoque : avec tous les généraux que l’Armée nationale compte, on ne trouve plus un seul Noir digne d’être promu, s’il en existe réellement. Armée nationale, disent-ils en plus.

Vous êtes prévenus, la page des Noirs est définitivement tournée en Mauritanie. Symboliquement, l’épuration est réussie.

Comme la torture, l’exclusion brise tout espoir

Et après avoir usé du fouet, Covey  renvoyait à leurs maîtres des esclaves « brisés comme il faut ». Sauvagement assassinés comme on en voit de nos jours aux USA. Totalement ostracisés, ou complètement marginalisés, en République islamique de Mauritanie.

En effet, ceux qui portaient le projet de la suppression physique et symbolique des Noirs ont réussi à faire de la communauté noire un ensemble brisé. Aujourd’hui, leur élite politique et intellectuelle n’a aucune perspective d’avenir à offrir, si ce n’est des lamentations ou des supplications.

C’est ainsi que Douglass fut expédié par son maître auprès de Covey. Après avoir été battu chaque semaine pendant six mois, Douglass décida en désespoir de cause de se rebiffer. Cet acte fut pour lui, dit-il, une « résurrection ».

La révolte est partout l’arme des opprimés

Avec cet acte de révolte, face à son bourreau, il recouvrît sa dignité écrasée. La législation du Maryland à l’époque prévoyait la pendaison de l’esclave ayant opposé résistance à son maître.
Le respect de soi, c’est refuser l’oppression. Vous êtes opprimés, levez-vous. Enfin à la jeunesse, aux leaders, aux intellectuels et autres épris de justice de rappeler que se battre pour sa dignité, c’est lutter activement contre l’injustice et l’oppression.

Enfin, si vous hésitez encore, prenez les Mains sales de Jean Paul Sartre. Penchez-vous sur le dernier acte, cinquième tableau, scène trois et lisez : « Comme tu tiens à ta pureté, mon gars, comme tu as peur de salir les mains. Et bien reste pur ! La pureté, c’est une idée du fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois vous en tirez le prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes, porter des gants. »

Sachez que ce qu’il faut, c’est simplement qu’un petit nombre soit disposé à prendre le risque au départ, à partir d’un signal initial. Vous êtes opprimés, levez-vous.

Guéladio Mohamed Diallo

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