Le soutien des Etats-Unis et de la France pour la sécurité des africains : enjeux du G5 Sahel

Le soutien des Etats-Unis et de la France pour la sécurité des africains : enjeux du G5 Sahel

A l’automne 2016-2017, de nouvelles questions se posent : l’Afrique a-t-elle les moyens de se développer sans l’aide internationale ? Les pays qui sont en crise sécuritaire dont la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad sont-ils en mesure de coopérer financièrement et militairement sans l’aide des Etats-Unis et de la France ?

La lutte anti-terrorisme est un enjeu majeur pour les gouvernements africains et européens.  Le seul maitre mot est de sensibiliser et mutualiser leurs actions pour prévenir et lutter contre  les menaces d’intimidations, de terrorismes et de déstabilisation qui pèsent sur les populations et sur les frontières africaines. La création de forces conjointes de Groupe de cinq pays du Sahel, dont la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad, ironiquement appeler le G5 Sahel, qui est apparu en novembre 2015 a pour objectif une politique de stabilité, de sécurité et de développement durable dans l’Afrique de l’ouest. De même, l’enjeu du G5 Sahel n’est pas seulement de mettre en place une  politique de  défense et de sécurité collective  mais également d’accélérée la timide perspective de développement économique et social de l’Afrique pour réduire les frustrations des populations face à l’exclusion, la pauvreté, les inégalités sociales, voire à un « accès inégale des ressources des populations sous représenter ». (Alexandre Marc, Colloque sécurité et défense en Afrique subsaharienne, 2012). Le G5 du Sahel est, en effet, une force conjointe des armés des pays de  l’ouest qui sont menacés où touchés par le terrorisme, forme les éléments essentiels du dispositif de soutien à l’architecture de la paix et de la sécurité collective en Afrique subsaharienne.

On constate qu’en mettant l’accent sur la stabilité,  la sécurité des sous-régions  d’Afrique dans les politiques de développement, nous contribuerons fortement à réduire les criminalités organisées, les violences, les conflits, les trafics et les actes terroristes à long terme. Ces derniers temps, la volonté politique des chefs d’Etat du G5 Sahel est fortement affichée pour prévenir et lutter contre les attentats terroristes en Afrique. Le continent souffre depuis longtemps des séquestrations, de l’insécurité humaine, des conflits inter-religieux, de l’extrémisme radical, des violences militaires et des actes terroristes de masse. C’est pourquoi la lutte anti-terroriste, particulièrement au nord du Mali mais pas seulement, est devenue une préoccupation majeure pour les dirigeants africains et européens.

La coopération budgétaire, financière ou militaire de la France et en premier lieu des Etats-Unis, est  primordiale dans la lutte contre les groupes terroristes. Le secrétaire d’Etat Américain  Rex Tillerson prône : « les Etats-Unis se sont engagés aujourd’hui à apporter jusqu’à 60 millions de dollars d’aide aux forces conjointes du G5 sahel », afin de contribuer à la lutte anti-terrorismes dans les régions ouest-africaines. (Source : Le Figaro.fr, article, paru 30/10/2017, les usa-annoncent-60-millions-de-dollars-d’aide-pour-le-g5-sahel). C’est une coopération bilatérale qui est significatif dans la promotion de l’architecture de la paix et la sécurité collective en Afrique. De même, l’aide international  fournie par les Etats-Unis et la France, aux gouvernements de cinq pays africains (G5 Sahel) rentre, non seulement dans le cadre d’un soutien financier mais également des soutiens humains, techniques, logistiques sur le terrain pour faire face aux groupes djihadistes lourdement armés. Il revient de souligner que la plupart des forces de sécurité africaines sont « fragiles », souffrent légèrement d’une insuffisance de moyens matériels, financiers et humains et de « missions mal définies », pour un réel maintien de la paix dans les sous-régions. L’Afrique de l’ouest, de l’est, notamment le Mali, la Somalie, la Côte d’Ivoire, le Nigéria, le Cameroun et le Kenya semblent  paralysés par les évènements terroristes qui perdurent. Jusqu’ici les efforts réalisés par les dirigeants du G5 Sahel semblent être loin du compte.

La réforme de la coopération militaire française depuis 1988, s’inscrit dans une dynamique de coopération et de proposition d’idées nouvelles et de formations des cadres militaires en matière de paix et de sécurité. Dès lors, le renforcement de la capacité des armées africaines va être plus efficace pour pratiquer leurs responsabilités en matière de lutte contre le terrorisme et les trafics de drogue qui gangrènent la sous-région ouest-africaine. Le concept  Français de Renforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix (RECAMP) en est une résonnance et une  illustration mesurée et parfaite pour que « la France et les  Etats-Unis élargissent leurs expériences de leadership en matière de lutte anti-terroriste et d’aide au développement pour en faire bénéficier d’autres partenaires européens ».

Le concept est d’ailleurs « adopté au Sommet Afrique-France du Louvre en 1998, qui comporte de nombreux programmes dont la formation et la coopération militaire ». (Sécurité et défense en Afrique subsaharienne : quel partenariat avec l’Europe ?, revue internationale et stratégique, 2003).

L’Argent Européen pour la Sécurité des Africains (AESA) : Enjeux du G5 Sahel, rentre en effet, dans le cadre de la prévention des conflits, des trafics et la lutte anti-terroristes qui se multiplient dans la sous-région, récemment au Burkina Faso, en Somalie… De cette manière, elle occupe une place exceptionnelle pour le maintien de la paix en Afrique subsaharienne. C’est une carte de  solidarité souhaitée par la force conjointe du G5 Sahel, alors qu’il s’agit aussi de plus en plus de renforcement, la coopération multilatérale et le partenariat dans une politique d’égalité et de non indifférence, non-ingérence. Sur le fond, le G5 du Sahel a fortement montré et affiché la politique de volontarisme avec les meilleures intentions de lutter contre les groupes terroristes avec la coopération de la communauté internationale. Mais sur la forme les divergences persistent sur les accords et le mode de financement participatif entre l’ONU, Washington et Paris.

Pour que la lutte anti-terroriste soit effective, nous proposons des mesures suivantes : il faut mettre en synergie des politiques de développement régionale et nationale  qui s’inscrivent dans le cadre d’équipement, d’accompagnement, de formation sur le terrain des soldats et des militaires des forces armées africaines, (en l’occurrence le rôle de la mission française de Barkhane de doubler ses efforts). Il faut la réduction du chômage des jeunes, des frustrations et des tensions dont certains types de populations souffrent constamment qui les conduisent à rejoindre les groupes terroristes. Pour vaincre le terrorisme, il faut s’assurer que ces groupes ne recrutent  ou ne collaborent pas avec  les « personnes désespérées » qui n’ont aucune perspective sur le marché de l’emploi. Mettre le paquet sur les politiques d’éducation et de formation. Consolider les actions des citoyens et les élus locaux envient de prévenir les comportements sectaires. Alerter et sensibiliser aux dérives, aux basculements et aux comportements déviants similaires aux actes terroristes. Il faut  une pensée locale qui s’article avec des réponses globales, c’est-à-dire la coopération entre les organismes régionaux et nationaux : l’Union africaine dont ses  actions sont orientées vers la défense, la paix et la sécurité. De même, la mission de Minusma, la force Barkhane, la CEDEAO, SADC, CEEAC, dont leurs missions sont centrées dans le domaine du maintien de la paix et la sécurité dans les sous-régions ouest-africaine.

La sécurité est-elle un facteur de développement ?

Nous sommes convenus qu’une nouvelle voie est créée, qui est la force conjointe du G5 Sahel. Une voie dans laquelle l’Afrique souhaite en finir avec les conflits et le terrorisme pour construire des politiques de développement plus efficaces qui  s’attaquent à de nombreux défis –  chômage des jeunes – mal gouvernance – insécurité alimentaire – sous-développement, conflits, trafics…  Il nous revient de poser la question de savoir si la France dans sa politique dévastatrice sur le continent africain, particulièrement en Libye a pris entièrement sa responsabilité pour ce qui ce passe actuellement dans la sous-région. L’insécurité est–elle un seul obstacle pour le développement de l’Afrique ? Le sous-développement n’est-il pas dû au manque de capitaux ou à la mal gouvernance ? De même, il convient de revenir sur la question tabou que posait la sociologue camerounaise Axel Kabou dans son Essai: ’’Et si l’Afrique refusait le développement ?’’, et a priori  le continent souffre toujours de timide développement économique et social.

 Ces dernières années, la question de la sécurité est largement discutée entre les dirigeants africains et européens, au menu  de savoir si la possibilité du retour de la sécurité des personnes ou de la « sécurité humaine », pour utiliser la terminologie du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Cette question a, en effet, fait prendre conscience du rôle que peux jouer la coopération au développement et son impact sur la lutte contre la pauvreté  et les inégalités. Il est ainsi largement partagé et admis que la sécurité est intimement liée au développement pour la réduction de la précarité, des violences et la prévention des actes terroristes. Pour cela, le développement sans la sécurité des personnes et des biens est impossible. C’est à dire, l’idée selon laquelle, la question de la sécurité ne relève pas seulement d’une affaire d’Etat mais fondamentalement est l’affaire de tous, qui doit se répercuter sur le bien-être humains. Or, l’homme a besoin d’agir, de pratiquer ses droits, de circuler et de voyager librement sans crainte et sans avoir peur pour sa sécurité quotidienne.

L’Afrique de l’ouest peut-elle agir seule pour la sécurité de ses populations ?

 L’Afrique subsaharienne et la France sont des partenaires traditionnels qui sont en mesure de gérer la sécurité des personnes et des institutions. Dans le domaine de la sécurité et le maintien de la paix dans les sous-régions de l’ouest africain, privilégier la coopération nationale et internationale, c’est vouloir réduire, lutter et vaincre les groupes terroristes. Le continent souhaite toutefois  élargir leurs partenaires et lancer de nouvelles formes d’ère de coopération fondées sur le respect des accords internationaux et des conventions communes. L’urgence sociale pour l’Afrique et l’Europe, c’est de coopérée et enfin de faire face aux  groupes terroristes qui prennent une place grandissante et croissante en l’Afrique et en Europe généralement. De même, le rôle pour l’Union africaine et le G5 Sahel en particulier est de prendre de bonnes mesures, qui vont dans le bons sens, pour faire face aux défis des groupes terroristes qui menacent l’architecture de la paix et la sécurité en Afrique.

Il faut souligner que la communauté internationale et la France doivent changer leurs regards, en tout cas leurs visions sur la politique de la sécurité africaine. Il faut que cette dernière pratique une nouvelle conception de la politique de la sécurité africaine basée sur le respect et le droit international. Aujourd’hui, « la France se réveille avec sa gueule de bois, elle pensait avoir profondément marqué l’Afrique  dans son empreinte civilisatrice. L’Afrique qu’elle pensait lui être acquise lui a totalement échappé ». Constate (Antoine Glaser, dans son Essai,  Arrogant comme un Français en Afrique, paru chez Fayard, 2016). Par arrogance la France n’a jamais « véritablement intéressées à la complexité de l’Afrique », mais « elle préfère donner des leçons de sécurité ». La sécurité des populations africaines dans la main des africains est pleinement souhaitable dans la mesure où, le continent a longtemps fait face à des violences, des conflits et du terrorisme de masse, mais celle-ci a pris de l’ampleur à l’échelle internationale. La nécessité d’une approche globale pour contrecarrer ce phénomène de terrorisme est sous les directives des Etats-Unis, de la France, de l’ONU, de l’Union africaine et du G5 Sahel.

Conclusion 

L’inflation des violences, des crises sécuritaires, des conflits inter-religieux, des trafics de drogue, des actes terrorismes en Afrique de l’ouest  nous offre l’occasion de questionner la capacité du G5 Sahel et de l’Union africaine en général, à répondre efficacement aux urgences sécuritaires. A l’heure de la volonté de plus en plus affichée, exprimée  et de l’engagement des dirigeants africains à trouver des réponses urgentes aux conflits et aux folies terroristes qui perdurent dans l’Afrique subsaharienne. L’Union africaine est-elle en mesure de financer les opérations de lutte anti-terroriste dans l’Afrique centrale ? Cette dernière est-elle capable de trouver des réponses africaines aux conflits régionaux, notamment au nord du Mali ? Les Etats-Unis et la France doivent-ils contribuer financièrement ou coopérer militairement aux forces conjointes du G5 Sahel pour lutter contre les groupes terroristes en Afrique ?

Abdoulaye SY

Université Lyon II

Bibliographie

Ouvrages

Jean-Luc MELENCHON, « l’Avenir en Commun » Editions du Seuil, paru 2017, p.52

Antoine GLASER, «  Arrogant Comme un Français en Afrique » paru chez Fayard, 2016, pp.74-75

Edgar MORIN, « Pensée globale, l’Humain et son Univers » Editions Robert Laffont, 2015, p.64

Axel KABOU, « Et si l’Afrique refusait le développement ? » paru Harmattan, 1991, p.208

 

Articles 

Alain BAUER et Christophe SAULLEZ, « Les politiques publiques de sécurité » paru, 2011, p.128 https://www.cairn.info/les-politiques-publiques-de-securite–9782130591160.htm

Sécurité et défense en Afrique subsaharienne : quel partenariat avec l’Europe ?, revue internationale et stratégique, 2003.

Les Etats-Unis annoncent 60 millions de dollars d’aide pour le G5 Sahel : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/30/10/2017-les-usa-annoncent-60-millions-de-dollars-d-aide-pour-le-g5-sahel.

G5 Sahel : Les Etats-Unie s’engage sans l’ONU : www.lemonde.fr/afrique/article/2017/10/31/g5-sahel-les-etats-unis-s-engagent-sans-l-onu_5208170_3212.