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QUI VEUT FINIR AVEC LES DICTATURES, SÈME L’ÉDUCATION

D’aucuns espèrent, à la suite des nouveaux printemps arabes qui ont déjà emporté Bouteflika et El Béchir, voir les mauritaniens leur emboiter le pas tout de suite ou dans trois mois quand les militaires voudront se maintenir au pouvoir par le biais de la fraude. En 2010, quand le vent des printemps arabes soufflait en Tunisie, en Egypte et en Libye, certains avaient fondé le même espoir sur le peuple mauritanien. Ils ont été déçus ! Ce n’est pas qu’on n’ait pas tenté de réveiller le peuple pour l’inciter à la révolte. La Coalition de l’Opposition Démocratique avait bien semé la pagaille un moment dans le centre ville. Mais cela n’a pas duré longtemps. Une nuit. Quelques grenades et des citernes à eau. Et c’en était fini du printemps !

D’ailleurs il fallait être naïf pour penser qu’un « printemps arabe » pouvait partir de la seule capitale. Et doublement naïf pour l’espérer des grands enfants que le système à fait de nous. Les enfants que nous sommes ne venons aux manifestions que parce que le bruit des “pétales” (grenades) nous amusent. C’est tout. Nous ne comprenons rien aux chiffres qu’on avance sur l’économie. C’est qui même l’économie ? En tout cas elle doit être très riche cette femme. On parle de génocide, d’esclavage, de drapeau, d’articles, de constitution, d’unité nationale ou de division nationale, de député, de maire, de conseil régional, de vote, de devoir de citoyen, de CENI, de troisième mandat, des réalisations du président, de marché de gré à gré, de deux milliards de dollar, d’un avion militaire à louer. Et bien nous ne savons pas ce que c’est et nous sommes encore incapables d’apprécier les enjeux de tout cela. Enfin nous croyons même que cela ne nous regarde pas.

C’est pour dire qu’il faudra attendre encore longtemps pour voir les mauritaniens ensemble chasser ceux qui font leur malheur. Il faudra attendre que les jeunes (qui ont été au cœur des contestations dits de printemps arabes) aient une conscience politique. Qu’ils soient en mesure de comprendre le fonctionnement des institutions et d’un Etat. En un mot qu’ils sachent qu’ils ont des droits et des devoirs. Or aujourd’hui une telle maturité fait pleinement défaut. Le jeune de 15 ans ressemble par son état d’esprit à un gosse de 7ans et celui de 30 à un adolescent de 16ans. C’est la faute à l’école. Oui, parce que l’école est encore au service des militaires. Et c’est comme cela qu’ils veulent que les choses soient : prolonger l’enfance et abêtir le peuple dans le but de conserver le pouvoir.

Pis encore à l’intérieur du pays, les jeunes ne ressemblent à rien. Aucune culture, aucune référence, aucune conscience. L’offre d’ « éducation » est encore plus au rabais. Dans la plupart des villages notamment au sud, leurs activités se résument au sexe et à fumer des joints. On ferme les yeux là-dessus. Cela arrange. A Nouakchott, beaucoup par manque de culture solide sont tombés dans l’opportunisme. Pour quelques billets et un ballon rond, on arrive à les écarter de l’essentiel autour d’eux.

Tout cela fait que le changement ou le balayage des dictateurs à la manière des Burkinabès ou des algériens reste pour nous un orage lointain, très lointain.

Boubou Thiam

Ancien leader du Syndicat national des étudiants Mauritaniens (SNEM)

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