Kemi Séba, de la tribu Ka au rêve de KKK inversé pour l'Afrique

Kemi Séba, de la tribu Ka au rêve de KKK inversé pour l’Afrique

Chroniques de NayraBien malgré moi, je décide d’accorder de mon temps et de mon énergie, à un individu pour qui je n’ai absolument aucun intérêt intellectuel, mais dont je perçois toute l’ignominieuse imposture. L’homme en question, Stellio Capo Chichi alias Kémi Seba, ancien leader de la tribu Ka, un pseudo-mouvement français (avec une centaine de sympathisants), auto-proclamé défenseur du «Peuple Noir». Paraît être une personne, durablement habitée par des discours politiques extrêmes, tout à la fois emprunt d’une féroce nostalgie à l’intention d’une Égypte antique noire, qui serait civilisatrice du reste du monde barbare, ainsi que d’une volonté farouche et radicale, d’instaurer une séparation raciale complète.

Il va notamment, exercer ses talents d’orateur en battant le pavé, accompagné par son petit groupe de fans, il prendra bien soin de filmer et de diffuser les vidéos de ses pérégrinations parisiennes, sur son site internet et sur d’autres plates-formes prévues à cet effet. Reprenant maladroitement des concepts, déjà pensés et porté par d’autres avant lui, à une époque d’ailleurs bien plus périlleuse pour la dissémination de telles idées. Le ton de ses discours, son langage corporel, sa véhémence, vont plaire à un certain public d’initiés, se regroupant sous différent vocable comme celui de Khémitistes ou d’afrocentristes.

Son groupuscule, va naturellement très vite être dissous en France, pour son langage de haine, pour ses appels à la violence et à la discrimination de tout ce qui n’est pas noir. Sans doute trouverez-vous à l’origine de cette dissolution, un acte s’apparentant à des menaces de mort, adressées à l’encontre de personnalités de la communauté juive française. En effet monsieur Kémi Seba, en manque de noirs à défendre, ne trouva rien de mieux, que de venir au secours du commanditaire d’un meurtre, précédé d’actes de tortures et de barbarie. C’est donc pour protéger Youssouf Fofana, le leader du gang des barbares, responsable du meurtre du jeune Hilan Halimi, que Kémi Séba va achever de se compromettre aux yeux des autorités françaises.

Comme en vérité, tout ce qu’il fait tourne autour de sa personne et de son auto-promotion, il répliquera à la dissolution de son mouvement, par la création d’un autre mouvement, sobrement

intitulé « Génération Kémi Seba ». Dans le but de se faire adouber, par une certaine communauté noire, il mettra en avant son endoctrinement volontaire auprès du mouvement Afro-Américain, à présomption musulmane, Nation Of Islam. Après quelques démêlés judiciaires, il décidera de quitter le continent européen et la France où il est né et a grandi, pour se retirer ou se réfugier au Sénégal, afin de continuer son œuvre séparatrice, dans un terrain plus propice ou en tout cas moins regardant.

Ses origines béninoises, n’auront donc pas été assez fortes, pour qu’il puisse envisager, un retour au pays natal. Ou peut-être que le pays d’origine de ses parents, n’était tout simplement pas disposé à lui faire une place. Quand on connaît, l’amour inconditionnel que porte le président du Bénin à la France, on peut se faire une petite idée des raisons qui l’en auront empêché. Que dire de la république démocratique du Congo, qui lui refusera tout simplement d’entrer sur son territoire, alors qu’il devait y donner une conférence. Les autorités de la RDC prétexteront une histoire de visa non-conforme, pour justifier de cette décision, mais il est presque évident que ces derniers, par le truchement des Américains, auront eu vent d’informations sensibles le concernant.
Depuis que Kémi Séba est arrivé au Sénégal, il a découvert à mon grand regret, mon pays, la Mauritanie, qu’il regarde avec les yeux de la race. Peu lui importe l’Histoire de ce continent, au-delà de l’Égypte antique noire, qui comme tout le monde le sait, n’a jamais pratiqué l’esclavage ou le système de castes… Peu lui importe, de connaître l’histoire de nos populations, d’en saisir toute la merveilleuse complexité.

Il juge, accuse, condamne, comme s’il avait une légitimité divine pour le faire, comme s’il savait tout sur tout, au point de vouloir nous apprendre ce que nous sommes et à quoi nous devons aspirer. L’esclavage a existé sur le continent africain, avant les Arabes et les Européens. La charte du manden, qui date du début de l’empire du Mali, mentionne l’esclavage comme un crime à abolir. On n’abolit pas quelque chose qui n’existait pas.

Vous voulez savoir si les Maures ont pratiqué l’esclavage, oui, il n’y a pas de doute à ce sujet. Les Peuls, les Soninkés, les Wolofs, les Bambaras et bien d’autres encore l’ont fait tout autant. L’esclavage des leucodermes sur les mélanodermes est-il plus inacceptable que celui des mélanodermes sur d’autres mélanodermes ? N’est-ce pas l’institution même de l’esclavage, peu importe sa victime potentielle du moment, qui est une aberration, une insulte à notre humanité ?

Mon pays, la Mauritanie, n’a pas besoin de vous, pour prendre en main son destin, elle a des fils et des filles, tout à fait prêts et disposés à rendre ce pays à sa vocation originelle, celle d’être un carrefour culturel, propice au commerce, à l’enseignement du savoir islamique et à tant d’autres choses, que nous sommes seuls à pouvoir définir. La situation politique de notre pays, fait que nous sommes soumis à un régime militaire, mais cela ne représente pas un obstacle à mes yeux. Nous saurons trouver la formule, qui rassurera nos militaires, les conduisant ainsi à remettre le pouvoir aux civils. Nous pouvons envisager des solutions, partager le pouvoir, donner un rôle plus important à l’armée dans notre constitution, etc.

Ce qui est certain en revanche, c’est que nous ne permettrons pas à ce pays d’être divisés, ni territorialement, ni racialement, par qui que ce soit, étranger lointain ou voisin proche. Ni vous, ni les vôtres monsieur Kémi Séba, ne parviendrez à rendre mon pays, une Libye, un Rwanda ou un Soudan bis. Sachez aussi, que nous nous réservons le droit, de critiquer notre président, de nous moquer de lui ou même un jour pourquoi pas, de le faire arrêter et juger par nos cours de justice. Par contre, en vous prenant pour un justicier et en demandant de faire arrêter celui qui est notre président, reconnu comme tel par la communauté internationale, c’est moi que vous méprisez et tout Mauritanien pour qui la patrie et la souveraineté ne sont pas des vains mots.

Je souhaite qu’une plainte soit déposée contre vous, par notre président, comme il en avait été question pour le député Noël Mamère, qui s’était permis de dire du président de mon pays, qu’il était un parrain de la mafia.

Ainsi, vous allez comprendre, du moins je l’espère, monsieur Kémi Séba, que l’Afrique, avec toutes ses difficultés, n’est pas pour autant un continent où l’anarchie verbale est tolérée. Nous avons nos us et coutumes, nos manières bien spécifiques de régler nos affaires entre nous. Plus tôt que tard, vous apprendrez, que les paroles, les mots, ont des conséquences et le contexte dans lequel vous les maniez aussi. Le Sénégal est un tout petit pays en superficie, avec une très importante population, une petite extension de son territoire sur la rive droite du fleuve est un vieux rêve, qui pour moi est toujours d’actualité.

Votre présence au Sénégal, ne vous a pas donné l’envie ou la curiosité d’aller visiter la Mauritanie ? De vous faire une idée réelle de ce qu’on raconte à notre sujet ? D’aller voir si vous pouviez croiser des marchés à esclaves où ces derniers seraient vendus, achetés, comme des biens meubles ? Vous n’irez pas, parce que vous avez besoin de vos images d’Épinal, méchant blanc ou peau claire esclavagiste et gentil noir maltraité. Vous n’irez pas, parce qu’il vous suffit de vous faire l’écho des médias occidentaux, que par ailleurs, vous haïssiez, et de quelques ONG, dont habituellement, vous vous méfieriez. Toute comme un léopard ne perd jamais ses tâches, vous ne pouvez quoique vous en disiez, vous défaire de votre haine raciale, sans laquelle vous ne seriez rien.

L’Afrique n’a pas eu d’influence positive sur vous, pour la simple et bonne raison, que vous pensez tout savoir de ses maux, alors que ma foi, vous venez juste de commencer le chapitre d’introduction. Que votre arrogance naturelle, vous conduise à penser que vous pourriez maîtriser l’histoire des plus vieux peuples du monde, s’il est bien vrai que l’Afrique est le berceau de l’humanité, en passant par Nation of Islam pendant une année et par l’université transcendantale et éternellement mystique de Grégoire Biyogo, cela ne m’étonne guère. Quelque part, vous cherchez à créer le surhomme noir, avec à la place de l’Atlantide mythique, l’Égypte antique et la séparation raciale à la clé, qui l’Histoire nous l’a démontré, conduit bien souvent à la tentative d’annihilation de l’autre.

Les groupes auxquels vous appartenez ou avec lesquels vous sympathisez, ressemblent à des sectes, avec leurs gourous, leurs histoires à dormir debout, l’arnaque financière jamais très loin, puis finalement la mort des idiots qui en font partie, mort sociale ou physique d’ailleurs. Vous ne pouvez être à l’aise, qu’avec des gens qui s’aplatissent devant vous ou qui vous promettent que votre avènement était cité quelque part, dans une vieille légende Africaine invérifiable, ou pire en rêve. Que vous êtes destiné à des grandes choses, que vous êtes un élu.

Seul le temps, nous le dira, mais pour ma part, je parie sur le temps.

Nayra CIMPER