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Ghazwani et l’opposition: Vers des journées de concertation ?

Sans être péremptoire, on peut affirmer qu’en Mauritanie la scène politique nationale se dirige, vraisemblablement, vers un apaisement entre le gouvernement et l’opposition.

Les audiences individuelles que le Président de la République a accordées aux différents candidats indiquent que, du côté du pouvoir, tous les signaux sont au vert. Certains ont salué sa « pondération », d’autres se disent « satisfaits » de l’entrevue avec le chef d’état.

Visiblement, l’objectif était de briser la glace. Le plus grand défi des hommes étant la mutuelle compréhension, Ghazwani est appelé à être au dessus de la mêlée en réalisant toutes revendications objectives.

Concertations à l’épreuve de la rupture

On l’aura compris à travers ces audiences, il s’attèle, d’ores et déjà, à décrisper les relations pour instaurer un climat de stabilité politique. Sur ce plan, les deux camps ne semblent pas buter sur des divergences même si les méthodes feront l’objet de rudes négociations.

En effet, comme plan d’action, le président propose l’optique des journées de concertations nationales. La feuille de route de ces journées sera établie d’un commun accord entre les deux parties.

Rappelons que les Mauritaniens gardent des bons souvenirs de celles de 2007 qui furent l’occasion d’une catharsis nationale.

Depuis lors, plusieurs acquis ont été bafoués. En premier lieu, la violation de la constitution, avec la destitution du premier président élu en 2008, le recul démocratique pendant les décennies d’Abdel Aziz, l’instabilité politique entre le pouvoir et l’opposition, l’interruption et le sabotage du processus de résolution du passif humanitaire et l’ostracisme des couches opprimées, qui a amplifié les divisions inter-ethniques.

Selon les observateurs, au regard des nominations et du maintien des caciques du régime de Taya et de Abdel Aziz, le Président Ghazwani n’affiche aucune rupture radicale avec ses prédécesseurs.

La démarche volontariste de Ghazwani risque de se heurter aux machinations internes. L’épouvantail de l’Assemblée nationale, composée majoritairement de défenseurs patentés du troisième mandat, plane sur la tête de Ghazwani comme l’épée de Damoclès. Selon certains proches de Ghazwani, Aziz et ses clans constituent les plus grands obstacles à la stabilité politique. Le chef de l’État, pour se mettre à l’abri d’éventuels coups bas, a jusqu’ici roulé avec des équipes parallèles. On le voit avec les dernières nominations des conseillers et chargés de mission à la Présidence.

On rapporte que le Premier ministre Ismael Bodda Cheikh Sidiya et le directeur de cabinet du Président seraient les meneurs de la rupture radicale avec Abdel Aziz.

En outre, parmi ceux qui voient que la page doit être définitivement tournée, Ghazwani se confronte à ceux qui veulent la déchirer. Les Mauritaniens attendent des éclaircissements sur cette guerre des clans larvée au sein de sa « supposée majorité ». En politique, les spéculations provoquent des crises. Il faut les anticiper pour les neutraliser à temps.

Les grands dossiers : « Maintenez l’espoir, Mr le Président », disent-ils

D’après, les propos des leaders politiques rencontrés, la bonne foi du Président Ghazwani ne semble point souffrir d’une quelconque ambiguïté.Le Président Ghazwani a sa propre vision des choses qui se décline à peu près en ces termes :

il ne veut pas un dialogue carnavalesque, à la place, les Mauritaniens iront aux consultations nationales inclusives. Il s’en tient à son programme politique, ainsi, la réforme de l’éducation et la santé sont ses ultimes priorités. Il est disposé à reconnaître quelques nouveaux partis politiques comme le RAG et l’IRA de Biram Dah Abeid . Les Forces Progressistes pour le Changement (FPC-ex Flams) ne seront pas en reste. Tout comme le probable parti centriste de Sidi Mohamed Ould Boubacar. Enfin, les opposants en exil à savoir Bouamatou, Limam Chafi et Ould Debbag pourront revenir au pays.

En revanche, Ghazwani est conscient de l’urgence de régler la question de la cohabitation nationale, mais sans aucun empressement. Semble-t-il attendre une initiative de la part de la société civile?

Son programme était déjà très laconique sur ce dossier, s’il ne se voit pas acculé, il risque d’être complètement muet durant son règne.

Et une confrontation politique sur ce terrain ne sera pas pardonnée, surtout après les humiliations subies pendant la crise post-électorale. Il faut renouer la confiance avec les negro-mauritaniens après plus d’une décennie d’Abdel Aziz d’ostracisme et de mise au banc.Toutefois, il sait que cette question englobe aussi des dossiers tels que la résolution du passif humanitaire, la mise en place de la justice transitionnelle.

Lui, en tant que Général à la retraite, au fait de l’implication directe et effective de l’armée mauritanienne dans les exactions extrajudiciaires, il affiche une certaine pusillanimité.

Le président doit prendre le taureau par les cornes pour ne pas entamer l’espoir que portent en lui les veuves, les orphelins et les rescapés. Il ne doit pas voir cette question comme une boîte de Pandore à ne pas ouvrir. Ils vous disent avec engagement : «  Maintenez l’espoir Mr le Président ».

La rédaction

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