Droit de réponse : Monsieur le chef de l’État s’il vous plait, nommez Moussa Ndiaye       O Tampi Ndeyssane

Droit de réponse : Monsieur le chef de l’État s’il vous plait, nommez Moussa Ndiaye O Tampi Ndeyssane

10337702_741001025923076_7982223998040399277_nStupéfait, perdu, abasourdi étais-je quand j’ai visionné l’interview, que le « journaliste » à la télévision mauritanienne Moussa Ndiaye, a accordé à une presse sénégalaise.

Dans cet entretien, le journaliste mauritanien répondant aux questions de son interlocuteur, affirme avec force que les Droits de l’homme « se portent bien en Mauritanie » et que la liberté de la presse « se porte bien » entre autres dérapages. Il critique au détour d’une phrase ses confrères mauritaniens en les qualifiant de journalistes irresponsables et à lui de faire les éloges du chef de l’État mauritanien !

Monsieur Ndiaye à vous entendre, vous paraissez être le seul  « journaliste rigoureux » en RIM alors parlons de votre rigueur journalistique avant toute autre chose.

Dans quel pays au monde se félicite-t-on de la médiocrité ? «Nous sommes à la 48e position » avez martelé plus d’une fois. Vous le  « journaliste », le porteur de l’information auprès des populations, symbole de la liberté et élément incontournable d’un régime démocratique, comment pouvez-vous vous réjouir d’occuper cette place. Les statistiques démontrent certes des progrès réalisés dans ce domaine, mais cela est dût notamment à l’isolement du régime putschiste du général Aziz et à sa volonté de trouver des alliés et de paraitre blanc et démocrate aux yeux de la société internationale. Mais chasser le naturel, il revient au galop, car en 2014, il y a eu une condamnation à mort du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mohamed pour apostasie. Et même si vous décidez de vous voiler la face, vous n’ignorez pas que par peur de représailles, l’essentiel des journalistes s’autocensurent quand ils couvrent des sujets tels que la corruption ou encore les militaires. Les rares qui vont jusqu’aux bout de leur conviction sont contraints à l’émigration ou à affronter la misère tous les jours en restant sur le territoire national. Les exemples ne manquent pas, mais FINDINDE NDANIDO MBOURI FINEDINDE NDANEKINIDO

Est-ce là le rôle d’un journaliste que de défendre un Président de la République ? La rigueur journalistique vous oblige à rester neutre dans vos déclarations. Si vous ne croyez pas à un journalisme engagé, encore faudrait-il en avoir les capacités, de grâce limitez-vous donc à la fonction de relater l’information que l’on vous autorise à relayer. Oui ! Qu’on vous autorise à relayer Monsieur le directeur régional d’une région dont les propriétaires primitifs des terres en sont dépouillés de jour en jour sans que vous, « le directeur régional » ne vous en offusquez, que dis-je, en parler ou juste le mentionner !

Vous niez l’existence de l’esclavage en Mauritanie ?

Monsieur « le journaliste » comprenez que c’est dans l’intérêt de notre pays, du chef de l’État et des populations dans leur ensemble que l’esclavage disparaisse sous toutes ses formes du territoire national.

Mais là encore, vous faites le culte de la médiocrité. Vous estimez qu’il n’existe plus que des « séquelles de l’esclavage ». Ne savez-vous pas qu’il ne suffit pas d’abolir légalement une pratique pour être en adéquation avec ses obligations ; il faut également prendre des mesures complémentaires pour éradiquer toutes les situations d’injustice qui en découlent. « Les séquelles de l’esclavage », c’est l’expression préférée des politiques mauritaniens et des gens de votre espèce. Et d’ailleurs, Monsieur « le journaliste rigoureux »,  pour minimiser les effets néfastes de cette pratique barbare, on vous a démontré dans un passé récent et encore aujourd’hui qu’il suffit de visiter un site web ou une page des réseaux sociaux de l’IRA par exemple pour se rendre compte de l’existence de pratiques esclavagistes en Mauritanie. Vous défendez le contraire aujourd’hui, mais vous ne le démontrez pas. Vous vous suffisez des dires du chef de l’État devant la presse. Votre rigueur journalistique vous a conduit à dire « je rejoins le président de la république là-dessus ». Ne faut-il pas enquêter quand  on est journaliste, rigoureux de surcroit ?

Par ailleurs vous attestez que vous, le « journaliste rigoureux » n’êtes même pas au fait de l’actualité dans votre propre pays : la toute première condamnation pour esclavage en Mauritanie a été prononcée le lundi 16 mai 2016, par la Cour criminelle spécialisée en matière de lutte contre l’esclavage. Je me réjouis de faire votre travail pour lequel vous êtes payé sur les deniers publics et de vous instruire par la même occasion : notez Monsieur ,  que dans cette affaire dont a connu la cour criminelle spécialisée en matière de lutte contre l’esclavage basée à Néma (c’est à l’est du pays hein parce qu’avec vous on ne sait jamais…) HANANA OULD S. M. et KHALIHINA OULD H. ont été condamnés à une peine d’emprisonnement de cinq ans, assortie chacun d’une amende (équivalent de 2.500 euros) pour avoir asservi deux femmes, FATIMETOU MINT HAMDY et FATIMATA MINT ZAYDA.

Vous êtes le seul lucide ? Toute la Mauritanie assoiffée de justice sociale soutient, au moins sur le principe, M Biram Dah Abeid et toute la communauté internationale a reconnu que son engagement était en faveur d’une cause juste et vous dans votre grandeur de journaliste rigoureux vous clamez haut et fort le contraire.

La seule explication que vous apportez n’est pas digne d’un enfant encore à l’âge de balbutiement et donc est à balayer d’un revers de la main : c’est renier l’histoire que de dire les « harratines » et les « maures blancs » sont indissociables et forment une seule famille. Des professeurs et des linguistes à l’université de Nouakchott en sont venus à la conclusion que les « harratines » sont une population linguistiquement arabe et originaires des populations négro-africaines, alors devriez-vous ajouter que les « harratines » sont également indissociables des populations peulh, wolof ou soninké. Et en quoi ENDAM BILAL justifie les pratiques de l’esclavage en Mauritanie. Monsieur « le journaliste » vous dites que BILAL est esclave ? Vous êtes sur de ça monsieur le « journaliste rigoureux « ? ENDAM BILAL renvoi à une fierté d’être peut-être un descendant lointain d’une personne aussi extraordinaire que BILAL dans la foi musulmane, et certainement pas à une quelconque autre fierté que d’être qualifié d’esclave et donc de sous homme.

Monsieur, vous persistez à dire que les Droits de l’Homme « se portent bien » en RIM

Comment peut-on défendre cette position dans un pays dans lequel on  arabise à outrance pour exclure la partie noire de la communauté, dans lequel on sacrifie des générations et des générations de personnes qui ont fait toutes leurs études en langue française en Mauritanie et dans lequel on n’hésite pas à exclure des listes de recensement des milliers de mauritaniens de père et mère pour des motifs futiles ? Comment le « journaliste rigoureux » que vous êtes peut défendre pareil thèse ? Je vous invite à  feuilleter les conventions internationales auxquelles la Mauritanie est partie  et à vous rendre compte qu’elle est loin de satisfaire ses obligations primaires.

Une fois de plus vous êtes plus lucide que le rapporter des Nations Unies qui, dans son rapport ALSTON, dresse un état des lieux chaotique des Droits de l’Homme en Mauritanie et notamment sur la question des langues ; il affirme que « la politique linguistique est un autre endroit où la discrimination existe dans la pratique… dans un état multilinguistique, dans lequel beaucoup de gens ne parlent pas la langue officielle, il incombe au gouvernement d’adopter une flexibilité raisonnable au lieu d’insister que les communications soient en arabe ». Peut-être ne savez vos pas que parlez, étudier et travaillez sa langue est un droit…l’ignorance fait vraiment des ravages terribles.

Pendant longtemps, vous avez été le visage de la réussite des noirs mauritaniens non arabes dans l’appareil de l’état et peut-être même une fierté pour certains d’entre nous, mais j’ignorais qu’il vous a fallu un prix à payer, celui de vendre et dénigrer vos semblables. Mais laissez-moi vous dire que beaucoup de gens de votre espèce ont obtenu beaucoup plus en vendant moins des leurs.

Alors je veux bien vous aidez, Monsieur le chef de l’État, Moussa N’DIAYE, votre humble serviteur en a marre de sa situation actuelle il voudrait une nomination et il a payé le prix cher pour, nommez-le s’il vous plait.

                                                                                                               Lam Aboubacry   

                                                                                                      vice-président du MAPROM